La Hongrie s’invite à la Horre !

(c) Johann Chrétien
11 Août 2026

Le 05 aout au matin, une grande aigrette a été observée sur le bassin sud de l’étang de la Horre. Rien d’anormal, nous répondrez-vous. En effet, l’espèce est commune sur la Réserve, et dans le courant du mois d’aout, on en observe souvent de nombreux individus (jusqu’à plus de 50).

Mais cet individu en particulier est remarquable, car il est bagué ! Une bague rouge portant l’inscription « 2M5 » est accrochée à sa patte droite. Souvent les oiseaux bagués observés à La Horre sont trop loin pour pouvoir lire les bagues, mais cette fois-ci, la distance faible et la bonne lumière du matin ont permis une lecture relativement confortable de l’inscription.

Une fois le programme de baguage identifié (il existe des outils en ligne pour savoir qui contacter en cas d’observations d’oiseaux bagués en Europe), un email est envoyé à l’équipe de scientifiques responsables de ce programme, et le lendemain déjà, la réponse arrive !

Il s’agit d’un oiseau hongrois, bagué alors qu’il était poussin, sur une zone humide proche de la frontière austro-hongroise, distante de l’étang de la Horre de 930 kilomètres. Le baguage a eu lieu en juin 2018, et l’oiseau n’avait été revu qu’une seule fois entre-temps, un mois après, à une distance de quelques centaines de mètres du nid où il a été équipé.

Image d'archive, prise par un piège photographique, montrant une grande aigrette baguée : "S24", également un individu hongrois. (c) Johann Chrétien

Durant les huit années qui ont suivi, les scientifiques qui ont équipé l’oiseau n’avaient donc aucune nouvelle de lui, et ne pouvaient pas savoir où il se trouvait, ni même s’il était encore vivant.

Les données issues d’observations d’oiseaux bagués ont permis et permettent aujourd’hui encore, de consolider considérablement nos connaissances sur les déplacements des oiseaux, sur les sites qu’ils occupent aux différentes saisons de l’année, sur les habitats qu’ils favorisent, sur leur capacité de dispersion, et bien d’autres choses encore. Cette observation ajoute une pierre supplémentaire à l’édifice.

Pour ce qui est de la grande aigrette, l’histoire de cette espèce est assez intéressante et encourageante ! En effet, la grande aigrette revient de loin. Cette espèce largement répartie sur le globe a été très menacée en Europe. Durant le 19e siècle, elle a été massivement chassée pour ses plumes (les fameuses « aigrettes »), qu’on utilisait pour orner les chapeaux des dames de la Haute Société. Au 20e siècle, alors que la menace de l’industrie des plumes retombait peu à peu, une autre s’est amplifiée : les habitats naturels fréquentés par la grande aigrette (tous types de zones humides) ont été dégradés, voire entièrement supprimés. Les cours d’eau ont été rectifiés, les marais drainés, les étangs asséchés, etc… A tel point que l’espèce est devenue rare dans toute l’Europe.

Depuis qu’elle n’est plus chassée et que la destruction systématique des zones humides n’est plus à l’ordre du jour, l’espèce recolonise le continent. Alors qu’elle était rarissime en Champagne-Ardenne il y a une cinquantaine d’années, elle est aujourd’hui devenue assez commune, notamment sur les grands plans d’eau de Champagne humide et sur les prairies les environnant. En revanche, très peu de cas de nidification sont observés.

Enfin, qu’est-il advenu de l’individu « 2M5 » ? Il n’a pas été revu depuis sur la réserve. Peut-être s’y trouve-t-il encore, ou peut-être est-il allé chasser d’autres grenouilles et petits poissons sur le Lac du Der, ou ailleurs ? On lui souhaite bonne chance pour la suite !

Image d'archive : Groupe de grandes aigrettes et hérons cendrés, en décembre 2025 à la Horre. (c) Johann Chrétien



 

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